Une pomme de terre plus résistante au mildiou, moins fragile face au climat, et au cœur d’un débat très tendu. La Confédération vient d’autoriser un essai en plein champ, mais la décision ne passe pas chez tout le monde. Entre promesse agricole et crainte des OGM, l’affaire est loin d’être simple.
Un essai autorisé à Reckenholz jusqu’en 2030
L’Office fédéral de l’environnement a donné son feu vert à Agroscope pour tester une pomme de terre OGM sur le site protégé de Reckenholz, dans le canton de Zurich. L’essai commencera ce printemps et pourra durer jusqu’à l’automne 2030. Il vise une lignée expérimentale qui contient un gène appelé Rpi-chc1.
Ce gène vient d’une pomme de terre sauvage, Solanum chacoense. Il renforcerait la résistance contre le champignon responsable du mildiou, une maladie bien connue des agriculteurs. Et quand on parle de mildiou, on parle d’un vrai casse-tête au champ, pas d’un petit détail technique.
Pourquoi cette recherche attire autant l’attention
Agroscope ne cache pas son objectif. Le centre veut mieux comprendre comment cette plante se comporte en conditions réelles, dehors, sous la pluie, le vent et les variations de température. L’idée est simple sur le papier. Trouver des variétés plus robustes face aux maladies, à la sécheresse et à la chaleur.
Le timing n’est pas anodin. En Suisse, près de 1000 exploitations agricoles ont abandonné la culture de la pomme de terre ces dix dernières années. Les raisons sont connues. Davantage de maladies, des périodes de pluie plus longues, puis des vagues de chaleur plus dures à gérer. Pour beaucoup d’exploitants, la pomme de terre devient une culture à risque.
Le contexte climatique change la donne
Ce qui frappe, c’est que le débat ne tourne pas seulement autour des OGM. Il parle aussi de survie agricole. Quand une culture souffre plus souvent, les producteurs cherchent des solutions. Parfois, il s’agit d’améliorer les traitements. Parfois, de sélectionner des plantes plus fortes. Ici, Agroscope mise sur la génétique pour gagner du terrain.
Le centre travaille aussi dans le cadre du projet international CRISPS. Ce programme porte sur des variétés cisgéniques et sur l’édition du génome. Autrement dit, il s’agit de modifier plus finement certaines plantes pour leur donner des atouts précis. Les prochaines étapes pourraient consister à réparer des gènes de résistance ou à désactiver des gènes de sensibilité. Le but reste le même. Aider la plante à mieux tenir face aux maladies.
Des conditions strictes pour éviter toute propagation
L’OFEV n’a pas dit oui sans précautions. L’autorité a imposé des mesures pour empêcher toute diffusion du matériel génétiquement modifié hors de la parcelle d’essai. Ces règles doivent limiter les risques de dissémination. Le cadre est donc très contrôlé, comme lors d’essais précédents menés en Suisse.
En Suisse, la culture de plantes génétiquement modifiées à des fins de recherche reste soumise à autorisation. En revanche, leur production agricole est interdite. Le pays applique encore un moratoire jusqu’à fin 2030. En clair, on peut tester, mais pas cultiver librement pour le marché.
Une opposition qui juge l’essai peu convaincant
Face à cette autorisation, l’Alliance suisse sans OGM réagit vivement. Selon elle, l’essai manque de bases scientifiques solides. L’organisation affirme aussi que certains conflits d’intérêts n’auraient pas été clairement signalés dans la demande. Et ce point alimente forcément la méfiance.
Autre critique soulevée. Le gène utilisé serait déjà breveté, ce qui pourrait compliquer son accès futur. Les opposants contestent aussi le choix de la variété Innovator, jugée seulement faiblement à moyennement sensible au mildiou. Cette variété sert surtout à produire des frites, ce qui, selon eux, correspond à une agriculture industrielle peu durable et gourmande en ressources.
Un débat qui dépasse la seule pomme de terre
Au fond, cette affaire pose une question plus large. Jusqu’où faut-il aller pour sécuriser les récoltes ? Faut-il accepter plus d’outils génétiques si cela aide les agriculteurs à faire face au climat et aux maladies ? Ou faut-il au contraire freiner, par prudence, pour éviter de nouvelles dépendances et de nouveaux brevets ?
Il n’y a pas de réponse simple. D’un côté, les pertes dans les champs deviennent bien réelles. De l’autre, la méfiance envers les nouveaux OGM reste forte. Et dès qu’il est question de nourriture, de brevets et d’environnement, le ton monte très vite.
Ce qu’il faut retenir
- Agroscope obtient l’autorisation de tester une pomme de terre modifiée pour résister au mildiou.
- L’essai aura lieu à Reckenholz, jusqu’en 2030, sous fortes mesures de sécurité.
- Le contexte agricole est tendu, avec une forte baisse de la production de pommes de terre en Suisse.
- Les opposants dénoncent un essai trop faible sur le plan scientifique et contestent le brevet sur le gène.
- Le débat touche à la fois à l’agriculture, aux OGM, au climat et à l’avenir des cultures alimentaires.
Cette autorisation ne met donc pas fin à la controverse. Au contraire, elle la relance. Et vu les enjeux, il y a fort à parier que le dossier des pommes de terre OGM va encore faire parler de lui pendant longtemps.








